L’avènement des tablettes tactiles aura remis le livre numérique sur le devant de la scène : souvent utilisé comme argument de vente, la lecture de ce qu’on appelle les ebooks ou d’autres médias numériques – comme les journaux quotidiens ou mensuels – sur tablette n’est pas un phénomène marginal. Cependant un constat s’est vite imposé : les écrans LCD rétroéclairés fatiguent rapidement les yeux, même avec une luminosité faible – le restitution du blanc en est la cause principale. Alors les fabricants se sont tournés vers une autre technologie qui affichera un rendu noir et blanc, très proche du papier, offrant un fort contraste pour une lecture agréable – même en plein soleil – et proposant une très faible consommation. Des appareils uniquement dédiés à la lecture. Les e-readers sont nés et la technologie E-Ink sera la norme pour ces produits nomades.

Dans la jungle des références disponibles sur le marché français, entre les readers Sony, le premier Fnacbook, son successeur Kobo et le Kindle standard, Amazon a décidé d’offrir de nouvelles perspectives sur le marché européen à son modèle intermédiaire de Kindle : le Touch, qui apporte comme son nom l’indique un écran tactile pour la modique somme de 129€ – WiFi only – ou 189€ – WiFi + 3G. Atout précieux ou simple marketing ? Nous sommes là pour y répondre.

Sommaire

I – Livraison, emballage et finition, un seul mot d’ordre : optimisation

1 – Contenu minimum pour service maximum ?

2 – Le premier contact, toujours déterminant

3 – Le tactile : un pour tous, tous pour lui ?

II – Kindle : un outil, une boutique, une suite complète logique

1 – Un outil puissant, pétri de qualités user-friendly

2 – La boutique Kindle, haut-lieu de la dépense

3 – Vous voulez lire un livre ? Il y a une application pour ça, une application pour tout !

III – Entre limitations matérielles et tamis logiciel

1 – L’expérimentation : simple déclaration d’intention ?

2 – Calibre, un ami pour la vie

3 – La housse officielle avec lampe à LED : une option obligatoire ?

 

I – Livraison, emballage et finition, un seul mot d’ordre : optimisation

1 – Contenu minimum pour service maximum ?

Quand le livreur a sonné, il m’a remis un carton relativement petit. Devant la taille contenue, le premier réflexe a été de bien vérifier l’expéditeur : il s’agissait bien d’Amazon France. Alors oui, une boîte de Kindle prend une place maîtrisée : pas de fioritures, pas de grands visuels non-contractuels comme nous avons l’habitude de voir sur les emballages de tablettes tactiles. Une simple boîte en carton recyclable, marquée du « A au grand sourire » qui révèle immédiatement la bête : objectif du « déballer sans s’énerver ».

Oh, un carton. Qui sourit. Démoniaque. Ça valait bien une photo, n’est-ce pas ?

Un objet fin et compact – écran de 6 pouces, léger avec ses 213 grammes d’aluminium. La finition est exemplaire, le contenu reste plus décevant : c’est, bien sûr, clairement indiqué à la commande mais retrouver un simple câble USB – qui a le bon goût d’être long –, son Kindle et les manuels, demeure un peu frustrant. Pas de chargeur secteur, il est optionnel et vous coûtera 14,99€. Un peu cheap mais le géant américain se couvre avec l’argument de l’autonomie monstrueuse de son appareil : nous y reviendrons par la suite.

Le retour de la nappe rouge. Émouvant.

Un petit rappel des spécifications brutes du produit avant de poursuivre : un petit boitier de 17,2 cm de hauteur par 12 cm de large pour 1,01 cm d’épaisseur, qui accueille un écran 6 pouces de résolution 800 par 600 – soit une densité de pixels de 167 ppi. La mémoire interne est de 4Go, 1Go est alloué pour le système, 3 restent pour y stocker documents : en .azw, .mobi, .pdf, .html, .doc, .txt et du PRC natif, des images – .jpeg, .gif, .png, .bmp – ou encore des fichiers musicaux MP3 ou AAC. Le WiFi b/g/n est bien entendu supporté.

2 – Le premier contact, toujours déterminant

Le Kindle Touch, tout entouré de carton marron, fait contraste avec son aluminium bi-ton. L’écran est immaculé, placé en retrait de la coque. Un écran « doux » qui répond bien aux sollicitations. La marque Kindle trône fièrement au-dessus de cet écran E-Ink de 6 pouces : vous avez un produit Amazon et il faut que cela se sache. En bas de la face avant se trouve 4 fines lignes de plastiques, liées, qui font figure de bouton « home » lors de l’utilisation du reader.

Jeans, aluminium, plastique. Matières simples, matières nobles.

Les tranches latérales et supérieure sont dépourvues de bouton, la qualité perçue est, de ce fait, encore meilleure. Mais cet aspect épuré se paie au prix de la fonctionnalité pratique : lors de la lecture musicale, impossible d’augmenter ou de baisser le son depuis un quelconque bouton physique. La tranche basse de l’engin accueille donc toute la panoplie de boutons, c’est-à-dire le On/Off. La prise jack 3.5mm et le port micro-USB complètent la collection d’orifices dont dispose le Kindle Touch. Une petite LED de charge se situe à la gauche du bouton de marche-arrêt. Grande simplification, trop pour certains.

Photo aérienne. Avec un seul doigt. Facile.

Le dos est inamovible, en aluminium également. Tous les labels de certification sont de la partie : FCC, CE, pas forcément esthétique mais obligatoire pour certifier la validité de l’appareil. Si vous avez oublié la nature du joujou que vous avez entre les mains, Amazon ne se retient pas pour vous rafraîchir la mémoire. Enfin, le bas du dos accueille les haut-parleurs, histoire d’imposer votre musique dans les transports en commun – la lecture au volant étant fortement prohibée – ainsi que deux connecteurs plaqués argent. L’utilité de ces derniers me demandez-vous ? Amazon propose une housse officielle qui dispose d’une petite LED pour vos folles nuits de lecture. Une idée simple avec une application concrète efficace. Petit retour en fin de test.

C’est bon, c’est bien marqué « Kindle » et « Amazon » dans le dos ? Impeccable, d’ici à ce qu’on l’oublie.

3 – Le tactile : un pour tous, tous pour lui ?

« Tout l’art du maître est là » : il s’agit effectivement de l’argument central de cette nouvelle itération de la 4ème génération de Kindle : l’écran est tactile, de type capacitif et il gère 2 points donc à vous les joies du pinch-to-zoom endiablé lors de votre lecture ou de votre navigation Internet. A ce propos, mon Kindle Touch n’a pas été en mesure de prendre en charge deux points de contact à sa sortie de boîte : un reset complet a réussi à corriger ce petit souci logiciel. Alors cas isolé ou problème au premier allumage, soyez vigilant et testez-le rapidement avant de vous jeter à corps perdu dans le remplissage de votre bibliothèque.

 

Pour en revenir à notre mouton, cet écran se révèle agréable au toucher, très réactif aux sollicitations et il a le bon goût de ne pas prendre les traces de doigts. Pour l’interaction au doigt, environ 20% de l’écran, le long de la tranche gauche, sert à tourner la page vers l’arrière et le reste permet de passer à la page suivante. Le haut de l’écran est dédié à l’ouverture des principaux raccourcis d’action : les icônes « retour », « boutique » – comme le diable chevillé au corps -, la barre de recherche et le « menu » se partagent le haut de l’affiche. Le bas est occupé par le bouton « Aa » qui gèrent la taille de la police, la densité de texte et les interlignes, le « Aller à » qui permet de revenir au début, sauter à la fin du livre, d’ouvrir la table des matières ou plus simplement d’entrer le numéro d’une page. Dernière action possible : le « Synchroniser » qui va enregistrer votre dernière position, un processus transparent lors de votre lecture, mais vous pouvez le forcer via ce bouton.

Tout à portée de doigts. Les leçons d’une interface simple.

Les gros changements qu’introduit la technologie tactile se retrouvent sur l’action de surlignage et l’utilisation du clavier virtuel. Un appui long permet de démarrer la sélection de mots ou de phrases complètes, c’est intuitif et bien plus pertinent que la navigation aux boutons physiques du Kindle simple. Le clavier est aussi performant avec une frappe précise et rapide. Seules les animations de frappe font penser que la détection des interactions est tardive, mais il n’en est rien.

Clavier simple et efficace. Fonction de partage sur Twitter ou sur Facebook. Je suis une bête sociale.

Nous pouvons dégager trois mots-clé de cette première partie : carton, aluminium et minimalisme. Amazon a voulu simplifier l’ergonomie de son bébé, pour une prise en main immédiate. Pas de connexion au PC obligatoire, le premier démarrage se fait loin de tout autre matériel informatique. Un accès au WiFi reste fortement conseillé, histoire de relier votre Kindle à votre compte Amazon et de profiter tout de suite de toutes les fonctionnalités de l’appareil ainsi que la bibliothèque d’ebooks.

 

II – Kindle : un outil, une boutique, une suite complète logique

1 – Un outil puissant, pétri de qualités user-friendly

Une fois allumé, l’interface du Kindle Touch est sobre, tout en noir et blanc. La barre supérieure vous indique l’heure – le cycle du soleil serait beaucoup plus pertinent – le niveau de votre batterie – pas de chiffre, tout à l’œil – et vous rappelle, délicatement, que vous utilisez un Kindle Touch. La barre qui lui succède, en descendant, contient les touches « retour », « boutique » – la préférée d’Amazon – et « menu » ainsi qu’une barre de recherche.

LesArdoises. Ce Kindle Touch reconnaît son maître.

Arrêtons-nous un instant sur cette dernière. Elle vous permet de lancer une recherche – obviously – vers votre bibliothèque, vers la boutique Kindle – tiens, tiens –, Wikipédia ou le dictionnaire embarqué, disponible sans connexion WiFi. Un bon point. Lors de la recherche vers votre bibliothèque, que ce soit par un mot ou une phrase entière, le Kindle va vous présenter les passages de vos livres les plus proches de votre demande, voire la partie exacte si la formulation se retrouve stricto sensu dans un de vos ouvrages numériques.

Nous avions un doute sur le mot. Maintenant dissipé.

Attardons-nous à présent sur le menu. Il vous donne l’accès à l’activation et désactivation du WiFi – pas directement au paramétrage du réseau –, à la création de collections pour classer vos livres ou encore au tri de vos livres et extraits en fonction de la date de l’ouvrage, de son titre ou de son auteur. Le menu contient aussi un doux rappel vers les abîmes d’Amazon : « Visiter la boutique Kindle ». Troisième chemin d’accès au Store dédié et ceci en deux minutes de navigation. Vous apprendrez donc la devise par cœur : « Qu’importe l’endroit, tous les chemins mènent au Kindle Store ». Economiquement parlant, c’est bien joué. Insidieux mais bien joué. Enfin, le menu mène aux paramètres – enregistrement du Kindle, réseaux WiFi, langue, gestion des notes et caetera – et aux fonctions expérimentales : navigateur Internet, lecteur MP3 et synthèse vocale.

Une vraie bibliothèque virtuelle. La présence d’un guide d’utilisation est appréciable.

2 – La boutique Kindle, haut-lieu de la dépense

Bienvenue dans le temple de la consommation. Cet adage n’a jamais été aussi vrai. A votre entrée sur la boutique, vous aurez accès à un certain nombre de rubriques, les premières classant le contenu en fonction de leur langue – française ou anglaise – et aussi de leurs catégories. Les journaux et magazines sont aussi mis en avant comme  Le Monde, Les Echos, The Guardian ou encore Forbes. Quelques quotidiens ou hebdomadaires sont disponibles en français alors que les magazines font la part belle à l’anglais, au-delà de leur faible nombre, la langue de Molière semble y être bannie – des éditeurs encore frileux ? A titre indicatif, le prix des abonnements varie entre 5€ et 13€, Amazon permettant la souscription à une offre d’essai gratuite de 14 jours. Une grosse mise en garde cependant puisque si vous ne rompez pas cette offre-ci, Amazon considèrera que vous souhaitez poursuivre votre abonnement et vous risqueriez d’avoir de mauvaises surprises.

On vous jure que nous avons tout fait pour le faire rentrer dans le Kindle Touch.

Pour en revenir aux livres, qui constituent le cœur de la boutique, Amazon référence – au 8 mai 2012 – 1.288.170 e-books en français dans des registres aussi variés que le policier, la SF, la BD, l’informatique, le droit ou encore une catégorie pensée pour l’éducation. Un grand nombre de références existe pour les ouvrages en langues étrangères avec plus d’un million d’e-books dans la langue de Shakespeare, et plus de cent mille dans celle de Goethe (NDJulien : on dit Justin Bieber et Karl Lagerfeld quand on est culturé). La boutique est plutôt bien organisée, on y navigue aisément. Mention toute particulière à la catégorie des e-books gratuits qui est très bien cachée dans les différentes rubriques : pas de raccoucis sur le premier écran, vous êtes là pour consommer que diantre !

Dans chaque catégorie, trois possibilités de tri sont disponibles : popularité de l’ouvrage, note moyenne des commentaires d’acheteurs et la date de parution. Vous pouvez ensuite appliquer des filtres comme un certain niveau d’évaluation minimum ou la date de sortie sur le Store Kindle. Une fois votre dévolu jeté sur une œuvre, une page dédiée s’ouvre à vous : le résumé, une brève description de l’auteur – parfois l’éditeur – ainsi que les notes d’autres lecteurs sont de la partie.

On ne dérange pas l’artiste en pleine lecture. Passionnante cette page d’accueil. Belle plume.

Passons à la case achat. Vous avez un doute sur la qualité de la plume de l’auteur, sur la présentation plaisante du livre ou tout simplement si vous allez accrocher à l’histoire ? Amazon vous permet de recevoir un extrait sur votre Kindle pour juger par vous-même. La taille varie en fonction de l’ebook mais il semble toujours suffisant pour se forger sa propre idée. L’extrait vous a plu, l’achat constitue l’étape suivante. Et pour faire consommer, Amazon reste un très bon vendeur. Son principal ressort : jouer sur la comparaison entre livres imprimé et numérique. L’ebook vous semble cher, qu’importe il est plus abordable de tant d’euros, de tant de pourcents par rapport à son édition papier. Malin. Amazon est correct en indiquant que le prix intègre la TVA et si le prix a été fixé par l’éditeur – adieu acte promotionnel – ou si le géant américain peut agir dessus.

Le bât blesse quand on effectue une comparaison depuis son navigateur Internet sur ordinateur : Amazon n’est pas transparent sur le type d’ouvrage papier comparé. S’agit-il d’un broché donc un grand format bien présenté ou de l’édition de poche qui est, par son format, le concurrent papier direct ? Le « grand A » aura une tendance prononcée à afficher le prix le plus haut pour promettre une plus grande réduction sur l’édition numérique, procédé fumeux, contestable et loin d’être franchement éthique. Mais le sourire revient vite une fois l’achat passé : le livre arrive en moins d’une vingtaine de secondes, prêt à débuter la lecture. Une erreur d’appui sur le bouton « achat » ? Une pop-up apparaît pour demander le remboursement immédiat. Un bon point.

22 heures et 42 minutes. Nous sommes prêts à tout pour nos lecteurs. Tout.

Pour revenir sur la boutique Web, Amazon propose un service tout simple, que je trouve remarquable : « J’aimerais lire ce livre sur Kindle ! ». Vous avez un livre en tête, vous le trouvez et celui-ci n’est pas disponible en édition numérique ? Par ce petit encart, vous pouvez faire une demande expresse à l’éditeur, qu’Amazon transmettra. C’est rapide, pas de démarche administrative à coup de timbre-poste ou d’accusé-réception : Amazon a à cœur d’étoffer sa boutique Kindle alors Amazon s’occupe de tout.

I’m Painting like a boss.

3 – Vous voulez lire un livre ? Il y a une application pour ça, une application pour tout !

Et quand Amazon s’occupe de tout, il le fait bien. Vous êtes ou vous serez – ou pas – l’heureux acheteur d’un Kindle. Problème : en cet instant précis, vous n’avez pas votre reader sur vous et l’envie frénétique de poursuivre votre aventure littéraire vous reprend, sans prévenir. Vous vous sentez coincé, jurant à qui veut bien l’entendre qu’il s’agit d’une conspiration n’ayant pour seul but que votre désordre mental. Que nenni, Amazon a, encore une fois, réponse à tout. Effectivement, vous n’êtes pas sans savoir que les tablettes classiques disposent de leur application gratuite Kindle : Kindle pour iPad et Kindle pour Android. Cette dernière a une double fonction puisqu’elle est la même si vous souhaitez lire des ebooks sur vos HTC ou autres Samsung, Motorola etc.

On commence sur PC …

Mais pour être toujours plus complet, Amazon a créé des clients de lecture pour Windows, Mac et iPhone. Toujours rien d’officiel pour les linuxiens (NDJulien : de toute façon, leurs e-bouquins sont au format ePub, parce que c’est open, tu vois), qui peuvent se retourner vers des solutions alternatives avec Wine par exemple. Bien sûr, ces clients vous permettront de récupérer des livres achetés sur Amazon, même si vous ne possédez pas de Kindle. Cependant l’intérêt s’en retrouve décuplé si vous en utilisez un : grâce à la technologie Whispersync, le Kindle synchronise votre dernière page lue quand vous arrêtez votre lecture. Vous voulez reprendre sur un PC, l’application va synchroniser votre bibliothèque complète et va intégrer vos notes, signets ainsi que votre avancement. L’inverse est aussi vrai : commencer la lecture sur l’application Mac ou mobile et poursuivre plus tard, de manière totalement transparente, sur votre reader.

… On poursuit sur tablette Android. Mais où cela finira-t-il ? Suspens intense.

Une synchronisation puissante qui permet une réelle flexibilité dans le cheminement de la lecture, libre de toute obligation matérielle dans un instant donné. Bien que ce constat soit pondérable par le fait qu’il faille avoir un parc d’appareil plutôt conséquent pour pouvoir se targuer d’échapper aux contraintes d’environnement pour la lecture. Autre petit détail que je voulais vous conter, lors de l’acquisition d’un livre numérique, vous récupérerez une édition noire et blanche sur votre Kindle, édition qui sera disponible en couleur sur vos autres périphériques de lecture si l’éditeur a fait le nécessaire. Une petite attention toujours agréable.

 

III – Entre limitations matérielles et tamis logiciel

1 – L’expérimentation : simple déclaration d’intention ?

On vous en a parlé succinctement plus haut dans ce test, le Kindle Touch intègre trois fonctions dites expérimentales pour Amazon : un navigateur embarqué, un lecteur audio et la synthèse vocale.

Expérimental mais fonctionnel. Fonctionnel mais expérimental. Une vraie dichotomie.

Commençons par le premier d’entre eux. Le navigateur se présente simplement : une barre de recherche et en avant Guinguamp ! Ne vous attendez pas à un monstre de puissance ou à un défriseur de benchmarks de tout poil. Il s’agit avant tout d’un utilitaire d’appoint. Suffisamment véloce pour ouvrir des pages Wikipédia sans délais abusifs, tout juste suffisant pour naviguer sur vos sites d’actualités préférés, où qualité rime avec ponctualité – auto-tacle à la gorge – comme LesArdoises par exemple. Si le pinch et le double-tap seront votre plus grand allié lors de cette expérience Web, Amazon a mis au point une fonctionnalité nommée « Mode Article » qui permet d’isoler textes et images pour restructurer l’affichage et rendre ainsi la lecture plus simple. Un navigateur simple, pour des choses simples, sans support Flash.

Je sens qu’on va passer du bon temps à lire les articles de ce site renommé.

Second outil expérimental : le lecteur de musique. Aussi simple qu’épuré, il accomplit sa tâche honorablement. Lecture, pause, piste précédente, suivante, réglage du son et c’est tout. Pas de navigation par albums, pas d’égaliseur mais oh, nous sommes sur un e-reader, d’autant plus que son maigre espace de stockage de 3Go calmera très rapidement vos ardeurs mélomaniaques. Autre contre coup, bien plus handicapant : le matériel ne semble pas être des plus adéquats pour lire des fichiers audio avec une consommation énergétique mesurée. Résultat des courses, votre batterie risque de fondre comme neige au soleil.

Implantation de lecture sur deux niveaux. Une inception complexe. Sortez vos totems.

Dernière fonction implémentée dans ce petit écrin de 6 pouces : la synthèse vocale. J’aimerai beaucoup philosopher avec vous sur cet apport intéressant sur le papier pour les personnes rencontrant des troubles de la vision mais mon esprit s’est vite focalisé sur une petite ligne qui n’a l’air de rien : « lorsque autorisé par les titulaires des droits ». Et cette petite phrase magique a un effet instantané et global sur la fonction. Aucun livre n’est doté de cette expérimentation et surtout pas dans les ouvrages payants. J’aurai voulu me consoler dans les livres libres de droit, tombés dans le domaine public depuis et… why so serious ? Chou blanc.

2 – Calibre, un ami pour la vie

Non content de ma transition fine et délicate, il est donc tant de parler d’ouvrages libres de droit, de projets ambitieux comme le projet Gutemberg de numérisation d’ouvrages existants, de DRM – pour Digital Rights Management, gestion des droits numériques – et des actes induits. Malheureusement, le sujet est bien trop vaste pour être incorporé dans ce test-ci.

Les boutiques. Il existe bien d’autres boutiques de livres numériques, ceux de la Fnac et de Kobo ou encore celui de Virgin Mega. Cependant les prix ne sont pas toujours maîtrisés, les DRM et formats propriétaires peuvent poser problèmes. Au vu du nombre limité de formats pris en charge, un logiciel tiers vous sera indispensable pour effectuer  les conversions adéquates. Pour ce test et pour la vie de tous les jours, j’ai choisi Calibre qui reste, à mes yeux, l’outil multiplateforme – Windows, Mac et Linux – le plus performant.

Un bon logiciel, un bon livre. Mais que demande le peuple ?

Vous pouvez centraliser votre bibliothèque d’EPUB, de fichiers HTML, de MOBI, de PDF et aussi de TXT, en éditer les métadonnées – auteur, titre, éditeur, étiquette… –, faire des recherches sur un grand nombre de librairies en ligne et surtout convertir vos fichiers. Dans le cas qui nous intéresse, les fichiers doivent être convertis au format MOBI pour la meilleure présentation possible. Les possibilités de conversion de Calibre sont énormes, il faut naviguer dans ses multiples options pour en prendre toute la mesure. Calibre accepte aussi des plug-ins, que je vous laisse la joie de découvrir.

« Ainsi convertissait Calibre », oeuvre majeure d’un groupe littéraire du XXIe siècle 

Autre atout de ce logiciel, une fois connecté, le Kindle est automatiquement reconnu et les envois dans sa mémoire embarquée seront grandement facilités. La plus grosse déception réside dans la gestion des PDF. Nativement, le Kindle Touch a beaucoup de mal à les restituer correctement. Nous serons donc enclins à nous tourner vers la conversion vers des .azw – une extension du format MOBI. Malheureusement, le PDF est un format difficilement malléable, qui se convertit souvent très mal. Le résultat final est donc, dans le meilleur des cas, égal. Pour faire court, là où le Kindle Touch réussit avec sa boutique mais ne brille pas par ses compatibilités de format, Calibre apporte ses solutions lumineuses malgré quelques cumulus.

3 – La housse officielle avec lampe à LED : une option obligatoire ?

Ah, vous ne l’avez pas vu venir cette transition capillo-tractée : briller, lumineux, nuages. Il est temps de parler lumière et luminosité. Il est maintenant de notoriété publique que les écrans des readers offrent un rendu proche du papier. Pour arriver à ce résultat, il a fallu faire quelques concessions technologiques : out le rétroéclairage. Barnes and Noble semble avoir trouvé la parade en incorporant une rangée de LEDs en haut de l’écran : dites bonjour à la solution « Glowlight ». Amazon travaillerait de ce côté à une solution maison également.

Coucou, tu veux voir les deux pins ?

Mais en attendant, chez le grand A, point de solution incluse. Lampe torche, lampe frontale – un bonjour amical aux cataphiles et autres explorateurs de l’obscurité – ou simple feu de bois, les solutions homemade ne manquent pas. Amazon n’a pas dit son dernier mot, il existe bien des covers pour ses Kindle, alors pourquoi pas une housse avec un éclairage incorporé ? C’est ce qu’a réussi à concevoir la firme au sourire. Une housse, parfaitement adaptée, avec un rabat en cuir – marron, olive ou noir – qui fleure bon la qualité. Au dos, deux petits pins qui vont se ficher dans les connecteurs à l’arrière du Kindle Touch. En haut un petit bras mobile équipé d’une LED se déploie pour dévoiler sa lumière blanche.

« Tout est tellement plus clair, une fois venue la lumière », artiste anonyme.

La connexion permet d’alimenter la LED directement depuis la batterie du Kindle, sans réellement grever l’autonomie générale de la bête. Une housse vendue 54,99€, soit à peu près l’écart de prix entre la version WiFi only et WiFi+3G, une 3G à l’utilité plutôt limitée – Wikipédia, boutique et traducteur. Alors accessoire vraiment optionnel ? J’aurai tendance à vous recommander cet achat – assez élevé – afin de profiter de votre matériel en toute circonstance, et cela en protégeant durablement votre Kindle Touch.

Coque ajustée, cuir sur le dessus, moquette douce à l’intérieur. Du tout bon pour cette housse.

Le moment de la synthèse est toujours difficile à appréhender. D’autant plus sur un matériel spécifique comme l’est un e-reader. Quand on teste un Kindle, on teste un écosystème entier. Tout est dédié à Amazon, on utilise de l’Amazon, on consomme de l’Amazon. Le Kindle Touch est à la liseuse numérique ce qu’est le Kindle Fire aux tablettes Android. Un très bon compétiteur, bien équipé, abordable qui reste une vitrine formidable sur les services multimédia. Matériellement le Kindle Touch est réussi : légère, solide avec un écran E-Ink de qualité.

On retiendra : 

  • Ecran E-Ink parfaitement lisible au soleil
  • Apport indéniable du tactile (navigation, clavier, sélection, surlignage)
  • Centralisation de la lecture, de l’apprentissage et de l’enrichissement personnel
  • Whispersync, Whispernet : le must de la synchronisation
  • Lecteur mp3 rudimentaire mais suffisant

On voudrait que cela n’eût jamais existé :

  • La gestion erratique des .pdf
  • Le manque de formats nativement pris en compte, notamment l’ePub
  • La dépendance induite à Calibre
  • Une boutique qui manque encore de contenu et de qualité (BD, livres imagés)
  • Prévoyez une source de lumière externe… ou la housse


NDKevin : je tiens à remercier un de mes amis parisiens qui a fait importer son Kindle Touch depuis quelques temps déjà et qui a partagé son regard et ses avis avec moi. Ce fut très instructif.
NDJulien : à la mémoire de Maurice Sendak, 10 juin 1928 – 8 mai 2012 : “Fuck them is what I say, I hate those e-books. They can not be the future… they may well be… I will be dead. I won’t give a shit.”