A l’occasion de son petit événement du 14 mars dernier, à Paris, Archos avait tirer le bilan sur son exercice 2011, après la mise sur le marché chaotique de la Gen 9 : hausse du chiffre d’affaires et des bénéfices jamais vu. Résultats des courses : Archos ne connaît plus la situation de déficit commercial.

L’occasion était trop belle pour son PDG – CEO pour les adeptes de la langue de Shakespeare – Mr Crohas de nous présenter en avant-première sa prochaine gamme pour l’année en cours. Au programme, des tablettes milieu et bas-de-gamme, sous les marques Arnova et Archos. Bien entendu, le titre de Gen 10 s’impose de lui-même – incrémentation tous les ans, m’voyez. Mais Archos a promis d’innover en lançant une tablette ultrafine, avec une cover-dock-stand-clavier(-hardrockcitykillers). Le flagship de 2012 semblait tout trouver, jusqu’à ce que Mr Crohas vienne à remettre de l’eau à son moulin. Explications.


Dites bonjour au milieu du milieu de gamme Archos pour 2012

En effet, le PDG de l’entreprise française – le terme sino-française avait été mal perçu dans un article précédent -, au cours d’une interview pour Le Nouvel Économiste, a lâché cette petite phrase qu’il est aisé de louper au sein de l’article :

Nous allons bientôt faire certifier une tablette de type console de jeux. Une première. Je crois beaucoup à ce segment de marché. D’ailleurs, les consoles de jeux classiques vont disparaître.

La citation peut produire deux effets : nous faire retenir notre souffle -ou bien nous interloquer, la bouche légèrement pincée. Circonspect, je le suis pour deux raisons : Mr Crohas annonce prophétiquement la mort du jeu vidéo sur consoles de salon et portables tel qu’on le connaît. Il est vrai que Sony connaît d’énormes difficultés pour écouler ses PS Vita, comme Nintendo aura eu énormément de mal à vendre sa 3DS, devant couper allègrement dans le prix de son dernier bébé. La série de consoles « next-gen » qu’ont pu être les Playstation 3 et Xbox 360 embrasse sa fin de carrière. Une phase de transition va donc lentement s’opérer. De là à mettre à mort un sérieux pan de l’économie du jeu vidéo, il n’y a pas qu’un unique pas. Cependant nous ne saurions nous prendre pour des éléments de premier ordre pour analyser ce marché si particulier – rendons à Canard PC ce qui est à Canard PC.

La seconde raison que j’invoquerai est l’état des lieux des jeux sur tablette – Android, iOS, whatever. L’ergonomie tactile est ce qu’elle est : particulièrement dure à dompter. Les best-sellers sont des jeux casual, mettant à profit les accéléromètres et offrant une prise en main et un gameplay simples pour rendre les jeux accessibles au plus grand nombre. Loin des terrains de jeu des gros hits PC – les hardcore gamers peuvent se recoucher – et consoles – FPS, RTS, RPG, SNCF, RATP et consorts. Alors limitation matérielle ? Limitation tactile ? Limitation logicielle ? Dur de déterminer les facteurs limitants des concepts antérieurs – chez Sony ou Razer avec son projet Fiona – qui nous donnent un ressenti aigre-doux.

Bien entendu, sur Android et sûrement iOS, il est possible de projeter l’affichage de sa tablette par mirroring HDMI – une fonctionnalité implantée tôt chez Archos – ou AirPlay et de lier sa manette de jeu à son appareil. Mais la tablette ne fait plus que se substituer à la console, l’interaction particulière avec l’ardoise n’est plus. Si ceci modélise la vision de Mr Crohas, alors rien de nouveau ne sortira des chaînes de production. Que mon attitude spéculative soit vite étouffée par l’annonce de ce modèle qui a l’air de mettre en émoi son créateur. Surprenez-nous, soyez cohérent avec votre produit, ne négligez pas les détails. Notre cahier des charges reste constant, les idées sont toujours belles, l’application dans la réalité peut l’être beaucoup moins. L’espace de discussion vous est bien entendu ouvert.

via : Le Nouvel Economiste