C’était peut-être passé un peu inaperçu il y a deux ans, mais maintenant que François Hollande est appelé Monsieur le Président de la République, le fait d’arme tabletto-centré est peut-être bon à rappeler. En novembre 2010, alors qu’il était président du Conseil Général de la Corrèze, François Hollande avait débloqué 1,6 millions d’euros pour équiper 2500 élèves de 6e et 800 professeurs avec les tablettes d’Apple de première génération, les fameux « ziPâd », comme nous avons pu l’entendre lors du débat télévisuel qui opposait les deux ex-candidats.
En espérant que François n’avait pas son ziPâd dans la poche de sa veste
Il y a deux ans, on pouvait déjà lire dans le communiqué de presse qui avait suivi l’annonce la chose suivante : « les plus jeunes des collégiens seront équipés de la tablette numérique d’Apple, l’iPad. Avec l’iPad, le Conseil Général fait le choix d’un outil simple à utiliser et s’intégrant parfaitement dans les usages pédagogiques, l’offre des éditeurs de manuels numériques étant en constante augmentation. » Et l’ex-futur Président de la République de s’exprimer ainsi : « J’ai voulu que les Corréziens soient parmi les premiers à s’approprier les nouvelles technologies et qu’ils soient tous à égalité devant ces outils de l’avenir. (…) C’est pourquoi j’ai mis en œuvre, avec l’Education nationale, l’opération Ordicollège afin que tous les collégiens de notre département, ceux des familles modestes comme les autres, puissent apprendre sur un ordinateur et avoir de meilleures chances de réussir leurs études. Ce sera chose faite dans quelques semaines avec la remise de tablettes numériques iPad aux élèves de 6e. »
Nous n’aurions aucune légitimité si nous nous lancions dans une analyse politique et économique de cette entreprise de modernisation des collèges, mais sur le fond, sans considérer les dépenses et la rentabilité pour l’Etat, on ne peut que reconnaître que le père François avait flairé juste : en 2010, l’iPad venait à peine de sortir dans sa première version et rien ne disait que la machine aurait le succès qu’elle a finalement connu. Et c’est grâce à ce succès notamment que les éditeurs de manuels scolaires se sont lancés dans l’aventure iBooks 2 aux Etats-Unis par exemple, en fournissant des éditions numériques de leurs ouvrages à un prix dérisoire par rapport à leur version papier.
Nous sommes loin encore en France d’avoir accès à toutes ces ressources littéraires et scientifiques numérisées et les raisons de notre retard ne dépendent pas d’un Amazon, d’un Google ou d’un Apple, mais d’une législation archaïque sur le prix du livre et plus généralement sur la diffusion de la culture, qu’il serait malheureusement nécessaire de revoir à l’échelle européenne pour que les éditeurs de contenu s’intéressent à nous : aucun de ces grands fournisseurs de contenu n’aurait intérêt à se battre pour faire changer les choses dans l’un des 27 pays séparément. Que les étudiants soient équipés et que les plus démunis puissent accéder à la technologie de pointe est une bonne chose, mais quelle est sa valeur si elle ne s’accompagne pas d’une refonte de l’offre légale qui pourrait véritablement ouvrir à la culture ?
Le précédent gouvernement a lamentablement échoué sur ces questions, les « décisions » tenant plus de la mascarade consensuelle pour apaiser les majors – la HADOPI, le label « PUR » et les autres effets de style – que d’une réelle volonté de progrès. Le nouveau a 5 ans pour mettre les mains dans l’e-ink.
via : Depute-Françoishollande.fr & Son Eminence Radioactive

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